Projet DISCO : Entretien avec le Pr Gaetane Nocturne
8 juillet 2026
Projet DISCO : Entretien avec le Pr Gaetane Nocturne
8 juillet 2026

À l’occasion de l’After Arthritis, le Pr Gaëtane Nocturne a présenté aux donateurs et partenaires de la Fondation Arthritis le projet DISCO, un programme de recherche innovant consacré à la maladie de Sjögren.
En marge de cette rencontre, elle a accepté de répondre à nos questions afin de revenir plus en détail sur les ambitions de ce projet, le développement des immuno-organoïdes et les perspectives qu’ils ouvrent pour une médecine plus personnalisée. Elle explique également pourquoi le soutien de la Fondation Arthritis est essentiel pour faire avancer cette recherche au bénéfice des patients.
Découvrez son entretien.Pouvez-vous nous expliquer simplement ce qu’est le projet DISCO ?
« Le projet DISCO est un projet de recherche qui s’intéresse à une maladie auto-immune associée à des manifestations articulaires : la maladie de Sjögren. Cette maladie a pour particularité d’affecter les glandes salivaires, provoquant notamment un syndrome sec chez les patients.
L’objectif du projet DISCO est de développer, à partir de biopsies de glandes salivaires de patients, de petites structures appelées organoïdes. Il s’agit de modèles tridimensionnels de glandes salivaires que nous utiliserons pour tester de nouveaux médicaments, avec l’ambition d’identifier, pour chaque patient, le traitement le plus efficace. »Qu’est-ce qu’un organoïde et pourquoi est-il intéressant pour la recherche ?
« Un organoïde est une structure tridimensionnelle (3D). En recherche, nous avons besoin de modèles in vitro pour tester nos hypothèses et évaluer de nouveaux médicaments. Pendant longtemps, la plupart des modèles in vitro étaient constitués de cellules cultivées en deux dimensions (2D).
Le fait de travailler en 3D est particulièrement important, car cette organisation se rapproche davantage du fonctionnement réel des tissus et des organes. Elle apporte donc des informations plus pertinentes. L’objectif est ainsi de développer ces structures en 3D afin de mieux comprendre les mécanismes de la maladie et de favoriser le développement de nouveaux traitements. »

Quels sont les objectifs principaux de votre projet ?
« Le projet s’organise en trois étapes :
- La première étape consiste à développer des immuno-organoïdes. Jusqu’à présent, notre équipe a développé des organoïdes, c’est-à-dire des structures cellulaires en 3D obtenues à partir de cellules épithéliales. Nous souhaitons désormais y intégrer des cellules immunitaires, notamment des lymphocytes B et des lymphocytes T.
- La deuxième étape, menée en collaboration avec l’équipe du Pr Florence Apparailly, vise à caractériser ces organoïdes grâce à une analyse à l’échelle de la cellule unique (single-cell).
- La troisième étape consiste à utiliser ce modèle validé pour tester de nouveaux médicaments, dans l’objectif d’aboutir à une stratégie de médecine personnalisée. »
À quel stade en est actuellement le projet ?
« Nous en sommes actuellement à la première étape du projet DISCO, qui consiste à intégrer des cellules immunitaires dans les organoïdes.
Nous commençons par les lymphocytes B afin d’étudier les effets de leur ajout au sein de ces structures. Nous observons notamment leur impact sur les organoïdes, en particulier sur leur capacité de sécrétion, mais aussi les effets des cellules épithéliales sur les lymphocytes B : sont-ils davantage activés à leur contact ? Leur survie est-elle améliorée ?
Nous cherchons également, grâce à l’imagerie, à déterminer où ces cellules immunitaires se localisent au sein des organoïdes. » En quoi le soutien de la Fondation Arthritis est-il important pour faire avancer ce type de projet ?
« Le soutien de la Fondation Arthritis est véritablement essentiel pour faire avancer ce projet.
Je tiens d’abord à rappeler que la Fondation nous accompagne depuis le début. Elle a soutenu les premiers travaux dans le cadre d’un projet émergent, ce qui nous a permis de développer les premiers organoïdes il y a quelques années.
Nous sommes aujourd’hui sur un projet de recherche translationnelle, qui vise à mieux comprendre les mécanismes de la maladie afin de développer de nouvelles approches thérapeutiques. Le soutien de la Fondation est indispensable pour poursuivre cette recherche, perfectionner notre modèle et, à terme, mettre au point un véritable outil de médecine personnalisée au bénéfice des patients. »Qu’est-ce qui vous motive personnellement dans ce projet de recherche ?
« Ce projet est particulièrement enthousiasmant.
Depuis de nombreuses années, toute notre équipe travaille sur les interactions entre l’épithélium, qui constitue le tissu cible de cette maladie auto-immune, et les cellules immunitaires.
Nous avons progressivement développé cette approche par organoïdes en nous inspirant de ce qui est déjà réalisé en oncologie, où ces modèles sont utilisés pour prédire la réponse des patients aux chimiothérapies.
Nous pensons que cette approche peut véritablement changer la donne en ouvrant la voie à une médecine plus personnalisée. » Quel impact espérez-vous avoir pour les patients à travers ces travaux ?
« Notre objectif est de mettre au point un outil de médecine personnalisée pour la maladie de Sjögren.
Pendant longtemps, cette maladie était orpheline de traitements. Aujourd’hui, de nouvelles thérapies commencent à émerger. Le défi sera désormais de pouvoir choisir, pour chaque patient, le traitement le plus adapté.
C’est précisément ce que nous espérons accomplir grâce au développement des immuno-organoïdes et au projet DISCO : identifier, pour chaque patient, le traitement le plus efficace, afin d’améliorer les résultats thérapeutiques tout en faisant gagner un temps précieux et en améliorant la qualité de vie des patients. »Selon vous, pourquoi est-il important de continuer à soutenir et financer la recherche aujourd’hui ?
« La recherche translationnelle est essentielle, car nous avons besoin d’innover pour améliorer la prise en charge des patients.
En rhumatologie, nous avons déjà connu de grandes révolutions thérapeutiques, comme l’arrivée des anti-TNF il y a une vingtaine d’années. Aujourd’hui, nous vivons une nouvelle révolution avec le développement des immunothérapies ciblées.
Toutes ces avancées sont rendues possibles grâce à la recherche fondamentale et translationnelle, qui établit un lien entre les patients et les laboratoires afin de mieux comprendre les mécanismes des maladies et de développer de nouvelles approches thérapeutiques.
Ces innovations doivent toujours répondre aux besoins exprimés par les patients. C’est pourquoi le travail mené en étroite collaboration avec les associations de patients est particulièrement important. »
Si tout se passe comme vous l’espérez, à quoi pourrait ressembler la prise en charge des patients dans 10 ans grâce à ce type de recherche ?
« Si le projet aboutit, l’idéal serait, d’ici dix ans, de pouvoir appliquer cette approche fondée sur le développement d’immuno-organoïdes à d’autres rhumatismes inflammatoires, en fonction du tissu atteint.
Nous pourrions, par exemple, développer des immuno-organoïdes à partir de tissu synovial (tissu qui tapisse l’intérieur des articulations). On peut imaginer qu’à l’avenir, lorsqu’un patient recevra son diagnostic, une micro-biopsie sera réalisée dès le début de sa prise en charge. À partir de cet échantillon, il serait possible de développer des immuno-organoïdes, de tester un panel de traitements et d’identifier celui qui sera le plus efficace pour ce patient.
L’objectif serait ainsi de pouvoir proposer, dès la première ligne thérapeutique, un traitement véritablement adapté à chaque patient, dans une logique de médecine personnalisée. Cela permettrait de faire gagner un temps précieux, d’améliorer l’efficacité des traitements et de limiter les séquelles liées aux rhumatismes inflammatoires. »
